Vivre un évènement politique majeur

Alors que la communauté internationale a les yeux rivés sur le peuple malien qui se rue vers les urnes, sagement entouré de militaires français, je tenais à vous signaler, vous, citoyens de l’Internet, que y’a pas qu’au Mali qu’on se préoccupe de faire régner la démocratie.

Au Cambodge, les khmers aussi font évoluer leur nation vers un lieu où la voix du peuple est entendue, faisant émerger une volonté générale puissante et génératrice du souverain Bien. Ils ont même le truc du doigt trempé dans l’encre indélébile pour éviter les fraudes. Et je tiens à vous signaler que, malins, les cambodgiens ont trouvé une encre qui marche aussi sur les doigts des électeurs fantômes, des clones de votant pour le parti au pouvoir, et les thaïs qui se seraient vu prêter une citoyenneté le temps de bourrer les urnes. Si ça c’est pas le progrès !

Après une campagne électorale tout en compromis et en débats d’idées ( « Si c’est toi qui gagne, je déclenche une guerre civile » – « La pauvreté, c’est la faute des vietnamiens, si vous m’élisez, je les dégage ». Des arguments somme toute efficaces), c’est tout naturellement que le pays entier s’est pris d’une énorme panique à bord le jour du vote. N’oublions pas que tribunal international khmer rouge ne s’est pas installé pour régler des problèmes de baux ruraux, comme par chez nous, mais bien de génocide.

Moi, évidemment, globe-trotteuse de l’éternel, aventurière de l’extrême, c’est ce jour-là que j’ai décidé d’arriver à Phnom Penh. Evidemment, je ne lis plus les infos internationales depuis que j’ai installé l’appli Angry Birds sur mon iPhone l’ai fait exprès pour être au plus près de l’actu. J’avais oublié dans mon calcul savant que la vente d’alcool est interdite pendant les élections, ce qui, convenons-en, rend la vie extrêmement terne et ennuyeuse.

Avec mon ami qui fait de très jolis vêtements on n’avait pas spécialement envie de s’impliquer dans le soulèvement populaire parce que ce qui compte pour nous, au Cambodge, c’est les cocktails à 2 dollars l’harmonie sociale. On a décidé de suivre les conseils avisés de nos amis khmers : « RESTEZ CHEZ VOUS », de nos amis français : « VENEZ PLUTÔT A LA PLAGE » et surtout, de l’ambassade de France : « ATTENTION AUX EMBOUTEILLAGES » (merci l’ambassade pour ce soutien décisif aux ressortissants).

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Je me sens assez proche de Jenifer Lawrence. Surtout niveau talent d’actrice et humour désopilant.

On est un peu passés par toutes les couleurs de l’arc en ciel avec mon ami-drôlement-bien-habillé. D’abord, on s’est un peu cru Reporters-Sans-Frontières, genre : « Un camion ! Les militaires débarquent ? Les vietnamiens nous envahissent ? » (c’était le camion-poubelles).

On a quand même décidé de monter un fort à base de pâtes Barilla et d’emmental (c’était pour prouver qu’on était bien français au cas où des militaires auraient débarqué) et surtout des DVD pour environ 17 jours. Depuis notre canapé, on s’échangeait des tweets au lieu de se parler pour bien montrer à la twittosphère qu’on était hyper impliqué dans la situation politique du pays. Les yeux rivés sur le hashtage #electionskh, on écarquillait les yeux en lisant les anecdotes de trucages des urnes, on frémissait dès qu’on entendait la rumeur que l’opposition allait remporter la majorité – i.e. déclenchement de l’option « guerre civile », selon le programme de campagne – on s’échangeait des regards inquiets en entendant parler d’effusions dans les provinces, et on s’interrogeait sur la meilleure tenue à adopter en cas d’évacuation à l’aéroport.

La tension était à-son-comble.

Finalement, après un mec passé à tabac dans les alentours de Phnom Penh (la foule en délire l’a pris pour un vietnamien. Alors qu’en fait, non. Oups, honnest mistake, un peu comme les arabes et les voleurs, me direz-vous.) et une vraie-fausse annonce de victoire de l’opposition, c’est finalement le parti au pouvoir qui a remporté la majorité au Parlement, et tout le monde est rentré se coucher – il pleuvait vachement, en même temps.

Visiblement, les cambodgiens continueront de mener leur conception toute particulière du taux d’inscriptions sur les listes électorales (200%), du cumul des mandats (28 ans par 28 ans pour les Premiers Ministres) et leurs manifestations populaires (à moto, pas à pied, c’est plus pratique pour le service d’ordre la pollution atmosphérique).

Enfin, dixit la page Facebook du Ministre de l’Information, bien sûr. La télé locale est trop occupée à diffuser de la télé-réalité.

Le vrai problème dans tout ça, c’est que j’ai bouffé tout mon crédit de téléphone en 3G et que le film qu’on a regardé – The Purge – était carrément de la daube. Ethan Hawkes, seriously ? Je suis déçue. Heureusement que le Pontoon rouvre ses portes parce qu’entre ça et la pluie, bonjour les vacances.

Une réflexion sur “Vivre un évènement politique majeur

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